Un Juif nommé Jefke-Yossi Mendelevich-Peled

DR 2011 Femsohn
Les débats à la Knesset sont souvent agités, violents, parfois comiques, selon le jeu de rôle des députés, de véritables acteurs qui permettent au citoyen téléspectateur de s'économiser une place au théâtre. Mais il est des jours où l'émotion est au rendez-vous, où se déroulent des scènes qu'on ne peut vivre nulle part ailleurs, où les membres de l'assemblée pleurent, où un Premier ministre est comme figé, voire prostré devant un orateur qui raconte l'histoire de sa vie, un destin que seuls ont connu ceux qui ont vécu la Shoah et les combats de l'Etat d'Israël.

La Knesset a commémoré, mardi, le cinquantenaire de la condamnation à mort d'Adolf Eichmann et ce fut donc l'occasion d'écouter les discours du Premier ministre Binyamin Netanyahou et de la chef de l'opposition Tsipi Livni. Tous les deux ont évoqué le fait qu'Eichmann, en tant que personne n'était pas intéressante, mais le symbole qu'il a représenté, celui de la volonté de détruire systématiquement le Peuple Juif, n'était toujours pas mort, et nous combattons aujourd'hui encore, comme le firent nos aînés, la bête immonde qui réapparait sous diverses variantes.
Puis ce fut au tour de Jefke Mendelevich, un petit monsieur chauve à lunettes, de monter à la tribune de la Knesset. Et il commença son discours en annonçant aux députés : "devant vous, ne se trouve pas le ministre et général de réserve de Tsahal Yossi Peled, mais Jefke Mendelevich, fils de Sheïne et Yankel Mendelevitch, né le 18 janvier 1941 en Belgique, adopté par une famille chrétienne pendant toute la durée de la guerre. J'ai appris les prières catholiques, fait le signe de croix afin de ne pas être différent et ne pas faire partie de cette longue file au bout de laquelle se trouvait un officier allemand indiquant d'un signe de la main, la mort à droite ou le travail menant inéluctablement à la mort, à gauche". 
Et Yossi Peled poursuit : "puis je suis arrivé en Eretz Israël avec ma casquette et bien que vous nous regardiez comme des réfugiés sans bien comprendre ce que nous avions vécu, nous avons ressenti que nous étions de retour chez nous, que nous avions une maison".
Après avoir passé son adolescence au kibboutz Negba, Jefke Mendelevich devint le soldat Yossi Peled, n° de matricule 459804. Il n'oubliera jamais, comme tous les Israéliens, ce jour de joie où il fut enrôlé dans Tsva Haganah LeIsraël. Mais pour lui, ce bonheur fut différent, car il avait enfin une arme, un uniforme et il ne cessa de penser à ces millions de Juifs qui allèrent à la mort parce qu'ils n'avaient pas pu se défendre, livrés à eux-mêmes, lâchement abandonnés par ceux qui étaient censés les défendre, quand ce n'étaient pas les mêmes qui les remettaient aux nazis pour les conduire à l'abattoir.
Et Jefke-Yossi Mendelevich-Peled a couru, grimpé, rampé, sué, il ne s'est jamais plaint, car il avait connu bien pire, sachant quelles furent les alternatives pour les Juifs.
Yossi Peled a combattu comme commandant d'une unité blindée pendant la Guerre des Six-jours et la guerre d'usure au bord du canal de Suez. Lors de la guerre de Kippour, il fut à la tête de la 205ème brigade blindée dans le Golan. Il a été le général commandant du Front Nord entre 1986 et 1991. Il est ministre sans portefeuille dans l'actuel gouvernement de Binyamin Netanyahou.
La conclusion du discours de Yossi Peled à la tribune de la Knesset est l'essence même de l'existence de l'Etat d'Israël, du Peuple juif, du sionisme.
"Pour conclure, Mesdames et Messieurs les députés, lorsque j'ai reçu, il y a plus de 50 ans, mon numéro de matricule qui m'a accompagné toute ma vie militaire, de simple soldat à général, lorsque j'ai reçu ce numéro de Tsahal, j'ai vu, devant moi, nos frères juifs. Eux aussi, ils reçurent des numéros, sur le bras, comme le dernier arrêt avant le terminus de leur vie. Et en cet instant, ici, devant la Knesset d'Israël, je vois défiler ces millions de Juifs allant à la mort.
Et aujourd'hui, en tant que général de Tsahal, l'armée de Défense d'Israël, je vais répéter le serment de deux mots qui guide nos vies depuis que nous avons créé notre Etat : PLUS JAMAIS".
J'ai vu alors ce petit homme bouleversé regagner sa place, non sans avoir été félicité par le président de la Knesset et embrassé, les larmes aux yeux, par le Premier ministre, la chef de l'opposition et les députés tous partis confondus.
Et moi aussi, j'ai pleuré d'émotion et surtout de fierté de faire partie de ce Peuple armé de valeurs qui lui ont permis de survivre et de ressusciter son Etat.
Je ne puis résister à l'envie de dédier cet éditorial à quelques personnes.
A cette quarantaine de Juifs francophones israéliens, courageusement ''anonymes'', qui ont invité cette semaine en Israël Louis Aliot, un des responsables du Front National, accessoirement compagnon de Marine Le Pen. 
Ces Juifs n'ont apparemment aucun problème moral à avoir côtoyé ce personnage qui collabore (un terme qui convient bien à ce parti) avec le numéro 2, Bruno Gollnisch ayant tenu des propos controversés sur la Shoah.
Louis Aliot a déclaré, à son retour à Paris, que "le FN n'a pas eu de passé antisémite, mais a subi une suspicion d'antisémitisme". Ses amis francophones israéliens ont dû oublier de lui faire visiter Yad Vashem, lors de son passage à Jérusalem, une omission malheureusement bien révélatrice…
Je souhaite dédier également cet éditorial aux jeunes extrémistes juifs qui ont osé, cette semaine, s'en prendre à des soldats et des officiers de Tsahal, blessant à coups de pierres le commandant de la brigade Efraïm et, pire que tout, le traitant de nazi, lui qui a perdu, il y a deux semaines, sa grand-mère, survivante des camps d'extermination.
Parmi les sanctions qu'ils méritent, un cours de Jefke-Yossi Mendelevitch-Peled devrait les aider à ne plus galvauder les mots et à respecter les Juifs, Israël et le vrai sionisme.
 
"PLUS JAMAIS". 

Marc Femsohn

[email protected]

 

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